Clément Perez : de DJ à booker, il n’y a qu’un pas

Jamais deux sans trois ! Pour cette troisième interview, on retrouve Clément Perez. Officiant depuis les années 90, Clément nous parle aujourd’hui de l’évolution de la scène musicale, de ses deux alias musicaux “14anger“, en solitaire, et “Rendered“, en duo avec Daniel Myer, ainsi que de Order Odonata, son tout nouveau projet !

© Photo par Pedro / MasseBNK : Input, 31/03/2018

Tout d’abord merci à toi d’avoir accepté de répondre à nos questions. Cela nous fait extrêmement plaisir que des artistes que nous affectionnons prennent part à ce projet qu’est UNMELT Magazine.

Pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

Merci pour l’invitation ! Je m’appelle Clément, je suis producteur et DJ avec 2 projets principaux en cours : 14anger plutôt orienté Techno / Indus / Rave et Rendered, en duo avec Daniel Myer, plutôt orienté Techno / EBM. Je mixe depuis près de 25 ans et je fais de la prod depuis une vingtaine d’années aussi. Je m’occupe depuis peu d’une agence de booking, Order Odonata, mais dans le passé j’ai toujours été actif sur divers projets : labels associatifs, émissions de radios FM, webmaster de zines et membre de collectifs organisant des soirées.


Comment arrives-tu à faire cohabiter les projets 14anger et Rendered ? Sont ils étroitement liés ou sont-ils deux entités parfaitement distinctes ?

Ce sont depuis le début 2 projets totalement différents. Pour chaque projet ma façon de bosser est différente donc il n’y pas vraiment de soucis pour s’y retrouver. Pour 14anger je travaille seul (ou en collab avec Dep Affect, ça marche plutôt bien) et sur des morceaux assez “énervés” et volontairement dédiés au dancefloor. Pour Rendered, je travaille exclusivement avec Daniel : l’un d’entre nous démarre une démo, fait écouter à l’autre, et si ça lui plait prend le relais sur la prod. On finalise ensemble pour donner une cohérence sonore aux démos. En mix, c’est pareil ! On essaye de jouer à deux pour Rendered (obligatoirement pour la version live ou hybrid – même si ça nous arrive de faire des dates solos en DJ set) histoire d’amener chacun une façon de jouer et des morceaux issus de notre propre historique. D’ailleurs je pense que les gens qui ont vu les deux projets sur scène ont pu s’apercevoir de la différence au niveau du style.


Tu confiais dernièrement à Heeboo tirer ton nom de scène “14anger” d’une de tes plus grande source d’inspiration : la colère. Est-ce que pour toi la scène Rave / Techno actuelle (au sens large) en est synonyme ? Cette même colère est-elle aussi une source d’inspiration pour le projet Rendered ?

Je pense que la Techno prend beaucoup de ses racines dans des sentiments forts : colère, révolte, envie de liberté… Je ne suis pas sûr qu’on puisse dire que la scène actuelle est synonyme de colère, la colère est juste un sentiment parmi d’autres et le mouvement récent s’est construit en opposition à la scène club qui était vraiment pourrie tout le long des années 2000, il faut le dire. Pour Rendered, l’inspiration ne se limite pas à un ressenti particulier. Daniel et moi attachons pas mal d’importance à la production en elle-même, qui est très soignée. La colère fait par contre bien sûr partie de nos vies, difficile de ne pas être en colère en 2018 quand on regarde l’état du monde.


Tu n’es pas nouveau dans le paysage musical. Tu officies depuis les années 90. Avec tout ce beau parcours, est-ce que tu constates de grosses différences entre les soirées “d’hier” et d’aujourd’hui ?

Oui ça n’a pas grand chose à voir, les soirées des années 90s étaient plus “roots” et souvent moins bien organisées. Le public était plus large et plus “populaire”, le confort n’était pas une priorité, et ça touchait beaucoup plus de régions et de villes. C’est difficile de comparer les deux quand tu as eu la chance de vivre les 90s comme moi, mais je trouve que les soirées depuis quelques années sont vraiment top (sans généraliser) et c’est très agréable de vivre et de participer à un mouvement comme celui-là. J’espère amener quelque chose de différent lié à mon vécu sur la scène.


Tu pourrais me citer 3 événements mémorables auxquels tu as joué ? Question compliquée, je te l’accorde.

Effectivement, c’est assez compliqué… Une rave dans une église en ruine à l’été 98, où je remplace une tête d’affiche qui n’a pas pu se déplacer, avec une ambiance complètement folle et le soleil qui se lève à la fin de mon set. En janvier 2016, je joue pour la première fois dans une warehouse à Paris pour Off Black Day durant un warm-up de 3H où je découvre les débuts du renouveau rave à Paris. Eté 2018, je joue à Astropolis à Brest invité par Manu Le Malin, 20 ans après y être allée pour la première fois… Je pourrais citer aussi les soirées BNK qui sont au top à chaque fois et des dizaines de soirées dans les 90s dont je ne me rappelle plus du nom.


On parlait de l’évolution de la scène musicale, mais j’imagine que toi aussi tu as évolué. Est-ce que le Clément Perez (en tant qu’artiste) des années 90 est le même que celui d’aujourd’hui ? Est-ce qu’il y a eu des revirements majeurs dans ta carrière ?

Je pense que le seul truc que j’ai gardé et que je cultive depuis mes débuts, c’est une façon de mixer très dynamique et rapide, assez personnelle, qui vient de ma façon de jouer sur 3 platines à l’époque. Par contre, au niveau des styles, plus rien à voir. J’ai commencé par jouer de la Techno Acid et Acid-Trance mais j’ai très vite bifurqué vers le Hardcore et le Gabber. J’en ai joué pendant longtemps, avant de jouer de la Hardstep et de la Darkstep au début des années 2000. Pour autant, je faisais toujours des sets Techno / Rave en parallèle, principalement pour des soirées “oldskool rave” qu’on organisait entre 2006 et 2012 avec le collectif Cybersonic. Je me suis investi ensuite à 100% dans la techno à partir de 2012 / 2013. C’est difficile de préciser tout ça car dans les faits, j’ai toujours joué toutes sortes de choses différentes, mais en gros voici l’historique assez précis de mes évolutions personnelles au niveau du mix. Pour la prod, ça n’a plus rien à voir non plus. Le matos a changé, internet a révolutionné les façons de faire, ainsi que le développement des VSTi au fil du temps (synthés et plugins virtuels). Je fais tout ça aussi beaucoup plus sérieusement maintenant.


Si tu devais nous donner 3 titres qui ne t’ont jamais quittés depuis tes débuts, quels seraient-ils ?

3 titres que je joue depuis mes débuts :

  • Jeff Mills – Late Night (Mills Mix)

  • Manga Corps – First Wave

  • Joey Beltram – Game Form


Tu as récemment lancé un nouveau projet, Order Odonata. Peux-tu nous en dire plus ?

Order Odonata est une nouvelle agence de booking que j’ai créé en collaboration exclusive avec l’agence Oddity Factory (qui s’occupe de management d’artistes et aident des musiciens technoides dans leurs carrières pro). Le but est de proposer un roster qui ressemble à mes goûts, et des musiciens que je respecte autant par leur talent que par leur philosophie. Pas de star system, pas de fakes ni de ghost prod. Le tout principalement dans une sphère Techno / Rave d’un côté et plutôt EBM / Indus de l’autre.


De nombreux artistes ont déjà rejoints l’agence, c’est notamment le cas de End Of Mortal Life que nous avons récemment interviewé, comment est-ce que cela s’est passé ? Est-ce toi qui est allé vers eux, ou l’inverse ?

Les deux ! J’avais déjà en tête une shortlist d’artistes à qui j’ai parlé du projet assez tôt, certains ont d’emblée voulu prendre part à l’aventure. Suite aux premières annonces publiques, d’autres m’ont contacté, intéressés par le roster et le fait que je sois moi-même musicien.


Pour toutes les personnes désireuses de venir te voir jouer, où est-ce que l’on peut te retrouver prochainement ?

Pour les dates l’année prochaine ça sera surtout à l’étranger : UK, République Tchèque, Pologne et d’autres dates à venir. Mais vous pouvez aussi passer par Rennes le 5 Janvier au 1988 Live Club pour une soirée Rave avec les vieux potes de Minimum Syndicat et David Asko.


Quelques mots pour la fin ? Si tu as des actualités musicales à nous partager, n’hésites pas !

Pour les disques récemment sortis, il y a l’EP 14anger & Dep Affect sur Tripalium Rave Series, tout frais et sorti le même jour que le dernier EP de Rendered “Schwarz” sur aufnahme + wiedergabe.

A venir en début d’année prochaine : le split EP Black Egg & Rendered sur Tripalium et un nouvel EP solo de Rendered sur un autre label allemand en début de printemps.

Pour le reste, je souhaite surtout que les différentes scènes et composantes de la Techno évoluent dans le bon sens, et que le musique continue d’être fraîche et intéressante.


Retrouvez Clément Perez sur les réseaux sociaux :

  • Facebook :

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  • Instagram :

https://www.instagram.com/14anger/

  • Soundcloud :

https://soundcloud.com/14anger

Ian Melt Écrit par :

Passionné de musique et d'événementiel, j'ai décidé en 2018 de lancer UNMELT Magazine, avec pour principale vocation le partage culturel.